En cette période de centenaire de la Première Guerre, j’ai voulu vérifier – sans quitter le clavier de mon ordinateur - en quoi elle a été mondiale, rien qu’en se limitant à des recherches sur les cimetières militaires.

Ces cimetières sont extrêmement nombreux, surtout au voisinage de la ligne de front qui s’est stabilisée pendant presque 4 ans.  La plupart regroupent des combattants d’une même nation et sont gérés par un organisme dédié, par exemple le Commonwealth War Graves Commission.

Les Français ont eu recours à des troupes coloniales. Celles qui se sont le plus distinguées ( Maroc, Sénégal … ) sont honorées par des monuments commémoratifs. Il existe aussi des mémoriaux spécifiques pour certains régiments ou certaines régions d’origine des soldats, les basques par exemple.

L’empire britannique a envoyé des troupes en provenance des divers pays du Commonwealth.

On trouve ainsi des endroits de mémoire concernant des pays éloignés géographiquement, ou des régiments spécifiques :

Des Canadiens à Vimy dans le Pas de Calais et à Caix, Cantalmaison, Demuin dans la Somme

Des Australiens et Neo Zélandais à Villers Bretonneux dans la Somme

Des Hindous à Neuve-Chapelle Richebourg, dans le Pas de Calais.

Des Irlandais dans la nécropole de Thiepval…

Chaque cimetière britannique comporte en principe la Croix du Sacrifice avec l’épée de Saint-Georges, ainsi que la Pierre du Souvenir sur laquelle est gravée l’inscription « Their Name Liveth For Evermore » soit « Que leur nom vive à jamais » choisie par Kipling, et tirée de l’Ecclésiaste.

Les soldats américains sont regroupés dans 3 nécropoles : Bony, pour les victimes des combats de la Somme, Nesles la Montagne (Oise et Aisne), et Bois-Belleau (Marne et Aisne).

Il existe également des cimetières italiens à Soupir, et Bligny dans la Marne; dans ce dernier reposent les fils de Garibaldi. Les Italiens étant essentiellement en conflit avec les Autrichiens.

Un cimetière polonais se situe à Auberive dans la Marne. Un mémorial tchèque se trouve à Chestres dans les Ardennes. Ces 2 nations n’existaient pas fin 19°s et ont été restaurées par les traités de  1919. Leurs combattants étaient donc des volontaires.

Le cimetière russe à Saint-Hilaire le Grand également dans la Marne a une histoire particulière car les soldats russes ont dû opter en 1917 entre l’engagement dans l’armée française, le statut de « travailleur volontaire », ou être internés ... d’où des combats fratricides.

Un cimetière portugais voisine le cimetière hindou de Richebourg. L’Allemagne a déclaré la guerre au Portugal en 1917 lorsque les Anglais ont décidé de reprendre leurs navires de guerre (basés au Portugal …) Un corps expéditionnaire portugais est venu en renfort des britanniques en Picardie.

Au fond de la baie de Somme, se trouve le cimetière chinois de Nolette ; des travailleurs employés au ravitaillement, aux terrassements, puis au déminage sont restés jusqu’en 1920 et sont décédés soit accidentellement, soit de maladies comme la grippe espagnole.

 

Du côté allemand, il y a eu des déplacements de prisonniers d’où l’existence de cimetières où reposent des prisonniers roumains et russes sur le sol français.

Signalons aussi le cimetière danois de Braine ; en effet des soldats d’origine danoise habitant le Schleswig annexé en 1866 par les Allemands, se sont retrouvés dans la même situation que les Alsaciens (depuis 1871) et contraints de combattre « malgré eux » du côté allemand.

Franchissons la frontière belge pour signaler le cimetière « binational » de Saint-Symphorien dans la banlieue de Mons, à la fois allemand et britannique. Les hasards de l’histoire font qu’on y trouve du côté britannique la tombe d’un soldat mort le premier jour des combats (premier décoré de la Victoria Cross), celui d’un autre mort le jour de l’armistice, et côté allemand celui du premier décoré de la Croix de Fer. Il s’y déroule des cérémonies en présence de personnalités de toutes les nations concernées et des instances européennes, l’équivalent de célébrations œcuméniques si le contexte était religieux.

                                                                             ClaudeN.

Zone de Texte: Bulletin 119/10/12