Parlons en....Zone de Texte: Bulletin 116/7/8

Ainsi pourrait être modifiée la devise qui orne la façade du Panthéon. 73 hommes et 5 femmes y reposent, ou y sont officiellement honorés. Si sur ces 5 femmes, l’une est « épouse de » , les autres sont présentes grâce à leurs mérites personnels. Voici leurs noms :

Sophie Berthelot (1837-1907), appelée aussi « l’inconnue du Panthéon » n’y a fait son entrée qu’au titre d’épouse du chimiste, académicien, sénateur, ministre Marcellin Berthelot (1827-1907). La raison ? Il avait expressément demandé à ne pas être séparé de son épouse même dans la mort.

C’est François Mitterrand qui a décidé du double transfert des cendres de Marie Curie (1867-1934) et de Pierre Curie (1859-1906). Époux à la ville, « associés » dans la recherche et, donc, partenaires également au Panthéon. La physicienne, d'origine polonaise et naturalisée française, avait obtenu - avec son époux - le prix Nobel de physique en 1903, puis elle seule le prix Nobel de chimie en 1911 pour ses travaux sur le polonium et le radium *. Marie Curie est la seule femme figurant sur les célébrissimes photos des congrès Solvay.

 Germaine Tillion (1907-2008) est entrée au Panthéon le 27 mai 2015 sur l'initiative du président François Hollande. Ethnologue française, elle a impacté la résistance durant la Seconde Guerre mondiale en favorisant les passages vers la zone libre et l'Afrique du Nord. Déportée en 1943 dans le camp de Ravensbrück, au nord de Berlin, elle avait été évacuée en Suède en avril 1945 par la Croix Rouge internationale. L'ethnologue avait réintégré le CNRS en juillet de la même année avant de poursuivre son combat pour la dignité de l'homme pendant la guerre d'Algérie. En 1947, elle avait été lauréate du prix Pulitzer pour sa bravoure durant la guerre.

 Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1920 -2002), nièce de Charles de Gaulle, déportée du camp de concentration de Ravensbrück est entrée au Panthéon en même temps que Germaine Tillion. La résistance avait notamment participé à la création de l'Association nationale des anciennes déportées et internées de la résistante (ADIR), la section féminine des associations d'anciens combattants. En 1987, elle avait témoigné de la barbarie nazie au procès de Klaus Barbie. Un an plus tard, elle avait été nommée au Conseil  Economique et Social et s'était battue pour l'adoption d'une loi d'orientation contre la grande pauvreté, votée à l'Assemblée nationale en 1998, soit quatre ans avant sa mort.

Elles ont été inhumées en même temps que Jean Zay et Pierre Brossolette, autres « héros » de la seconde Guerre Mondiale.   

Simone Veil (1927-2017). Née dans une famille juive aux origines lorraines, elle est déportée à Auschwitz à l'âge de 16 ans, durant la Shoah, où elle perd son père, son frère et sa mère. Rescapée avec ses sœurs Madeleine et Denise, elles aussi déportées, elle épouse Antoine Veil en 1946 puis, après des études de droit et de science politique, entre dans la magistrature comme haut fonctionnaire.

En 1974, elle est nommée ministre de la Santé par le président Valéry Giscard d'Estaing, qui la charge de faire adopter la loi dépénalisant le recours par une femme à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), loi qui sera ensuite couramment désignée comme la « loi Veil ». Elle apparaît dès lors comme icône de la lutte contre la discrimination des femmes en France.

Elle est la première présidente du Parlement européen, nouvellement élu au suffrage universel, de 1979 à 1982. De façon générale, elle est considérée comme l'une des promotrices de la réconciliation franco-allemande et de la construction européenne.

De 1993 à 1995, elle est ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, « numéro deux » du gouvernement Édouard Balladur, puis siège au Conseil Constitutionnel de 1998 à 2007, avant d'être élue à l'Académie française en 2008.

Sur décision du président Emmanuel Macron, Simone Veil fait son entrée au Panthéon avec son époux Antoine, inspecteur des Finances (1926-2013) ce 1er juillet 2018.

 On commence à s’accorder sur le fait que le nombre de femmes  présentes au Panthéon est notoirement insuffisant, et des comités ont fait des propositions pour remédier à ce déséquilibre : Olympe de Gouges, Louise Michel, Solitude (lutte contre l’esclavage) , Marguerite Yourcenar, Simone de Beauvoir , George Sand …. sont citées comme « panthéonisables ».

 

 

Comme « oubliée de la République » je me permets de suggérer Sophie Germain, qui est aussi une « oubliée de la Tour Eiffel ». Autour du premier étage sont inscrits 72 noms de savants et ingénieurs, et aucune femme ! Il est reconnu que Sophie Germain (1776-1831) grâce à ses travaux sur les vibrations et déformations  des surfaces élastiques, et sur l’élasticité des métaux à fait progresser les connaissances dans le domaine de la résistance des matériaux, ô combien nécessaire à la réalisation de la tour Eiffel. Sophie Germain a commencé sa carrière en s’inscrivant à Polytechnique sous un pseudonyme masculin (celui d’un ancien élève) ce qui lui a permis de recevoir des « cours par correspondance ». Une fois son stratagème déjoué, elle bénéficiera de la protection de Lagrange. D’abord connue pour ses travaux en arithmétique, et ses échanges avec Gauss, elle s’oriente vers la physique théorique. C’est la première femme invitée à l’Institut. Curieusement, son acte de décès comporte la mention « rentière » et non pas « mathématicienne ». C’était sans doute socialement plus valorisant.

(*)Musée Pierre et Marie Curie : Paris 5° (rue P et M Curie ; entrée libre)

(*)Panthéon : rue Soufflot : Paris 5° (métro : Luxembourg, Monge, Cardinal Lemoine)

« Aux femmes, la Patrie reconnaissante ».